Comment organizer une assemblée démocratique

Ce chapitre est également tiré du livre No Homework and Recess all Day de Jerry Mintz. Dans ce chapitre, Jerry décrit comment organiser une assemblée démocratique tout en faisant allusion à son expérience dans ce type d’assemblées au cours de ses nombreuses années d’enseignement.

Il est possible d’avoir une grande école démocratique s’il y a une bonne communication entre les membres de la communauté et si tout le monde est impliqué dans les assemblées. Vous devez avoir un local confortable qui est assez grand pour accueillir tout le monde. Il s’agit d’un facteur déterminant dans une école démocratique. Il est important de toujours avoir les assemblées dans ce local et que ce local puisse accueillir tous ceux qui veulent participer aux rencontres. Sinon, le contexte spatial de l’école vient limiter la démocratie.

Lorsque je suis allé au festival de l’école à domicile en Angleterre, il y avait 900 personnes. Lors de nos assemblées, un bon nombre d’enfants étaient en mesure de nous joindre confortablement dans la tente pour participer aux rencontres.

À l’école démocratique Shaker Mountain, nous avions une limite par rapport à combien de temps chaque intervenant pouvait parler. Pendant une certaine période, je prenais en note la durée de chaque intervention et, en général, les élèves avaient la parole 60% du temps et les membres du personnel, 40% du temps. Cela variait énormément en fonction de chaque problématique abordée. Plus le temps a avancé, plus les élèves sont devenus en mesure de défendre leurs positions. Je ne crois pas que le ratio d’interventions entre élèves et membres du personnel aurait changé si les membres du personnel étaient demeurés plus silencieux.
Tous ceux qui avaient des opinions étaient en mesure de les exprimer. Par contre, il en revenait à la personne qui présidait l’assemblée, si elle craignait que quelqu’un eût trop parlé, d’en informer cet individu et d’inviter d’autres personnes à prendre la parole afin d’avoir une discussion plus équilibrée.

Certaines personnes sont préoccupées que les adultes aient davantage d’autorité dans ces assemblées faisant en sorte que les élèves ne font qu’écouter et suivre aveuglément les adultes. Ce ne fut jamais un problème à Shaker Mountain. Un nouvel élève pouvait être influencé de la sorte, mais, en général, les élèves de l’école suivaient ce qui se passait de manière indépendante et étaient rarement influencés par ce qu’un adulte avait à dire. D’un autre côté, quelques adultes étaient très respectés parce qu’ils avaient fait leurs preuves et plusieurs considéraient utiles et pertinents les points que ces adultes avaient à partager.

On pouvait constater que les élèves atteignaient un stade de maturation significatif lorsqu’ils commençaient à critiquer leurs amis lors d’assemblées croyant que leurs amis avaient fait quelque chose d’inappropriée. Être en mesure de formuler une telle critique est une étape importante à franchir pour tout un chacun.

Lorsque les assemblées se déroulaient convenablement, les participants n’avaient aucun malaise à critiquer les actions de leurs amis sachant qu’ils allaient demeurer amis après l’assemblée. Il est souvent difficile d’accomplir cela dans une nouvelle démocratie. Donc, lorsque ça se produit, c’est signe que le système d’assemblées démocratiques fonctionne bien.

Dans certaines écoles – ce qui inclut Summerhill, le directeur et des membres du personnel ont le pouvoir de prendre des décisions relatives à la santé et à la sécurité. À Shaker Mountain, on considérait que notre communauté était assez consciencieuse que les élèves étaient capable de prendre des bonnes décisions peu importe la situation. En fait, les élèves avaient tendance à aller au-delà de ce que nous pensions possible.

Par exemple, lorsque fut question d’un règlement à propos de la drogue, les élèves comprenaient qu’un des aspects les plus importants de l’école était sa réputation. Ils savaient que cette problématique allait directement affecter l’étendue du soutien dont l’école pourrait bénéficier et nos collectes de fonds comme l’école ne pouvait dépendre seulement des frais de scolarité. Les collectes de fonds étaient cruciales pour l’école. Ce faisant, les élèves concevaient qu’il était impératif que l’école n’est pas une réputation comme étant pleine de drogués. Ils ont fini par passer un règlement, que je n’ai jamais vu appliqué dans d’autres écoles, qui stipulait que chaque élève était responsable devant l’école 24 heures sur 24 tant et aussi longtemps qu’il souhaitait faire partie de la communauté de l’école.

Cela impliquait que si un élève commettait un geste qui avait de mauvaises répercussions sur l’école, même si ce geste se produisait à l’extérieur des heures d’école, il pouvait être examiné lors d’une assemblée de l’école. Je ne crois pas qu’aucun adulte aurait été prêt à considérer faire passer un règlement similaire, mais ce règlement a d’abord et avant tout été mis de l’avant par les élèves parce qu’ils croyaient que c’était important.

Des problèmes ayant trait aux drogues ont été soulevé à quelques reprises en assemblée. Si une problématique était abordée et que l’assemblée craignait que les individus concernés puissent avoir de la difficulté à en discuter, l’assemblée pouvait proposer de mettre sur pied un petit groupe de volontaires qui souhaitaient travailler avec les gens impliqués dans cette problématique. Les personnes impliquées dans la problématique avaient le droit d’exclure quiconque qui se portait volontaire pour joindre le groupe. Au bout du compte, le groupe était composé d’individus avec lesquels chaque parti impliqué était à l’aise. Puis, lorsque nécessaire, ce petit groupe s’occupait de présenter à l’assemblée des propositions pour résoudre le problème. C’est ainsi que nous trouvions des solutions à des difficultés qui ne pouvaient être résolues dans le cadre d’une assemblée. La mise en place de ces petits groupes pouvait avoir lieu pour n’importe quelle problématique, mais se passait surtout lorsqu’un élève ne se sentait pas à l’aise de discuter d’un sujet avec toute l’assemblée.

Généralement, à Shaker Mountain, nous ne pouvions pas avoir une assemblée à propos d’une personne qui n’était pas présente. Cette personne devait du moins être informée qu’il allait y avoir une assemblée à son sujet. Par contre, si la personne en question était au courant du déroulement d’une telle assemblée et que, malgré cela, elle ne se présentait pas, l’assemblée pouvait prendre la décision qu’elle voulait à propos de cet individu.

À peu près aucune problématique n’était trop délicate pour être discutée lors d’assemblées : on traitait de tout ce que les membres de la communauté voulaient aborder. Même des sujets qui auraient été normalement examinés par un conseil d’administration, tels que des décisions relatives à l’achat d’un édifice, étaient débattus en assemblée. Nous avons effectivement eu une réunion à ce propos qui a intégré des composantes de nos assemblées scolaires et de conseils d’administration. À Shaker Mountain, cinq des dix membres du conseil d’administration étaient des élèves de l’école. Harvey Scribner, Commissaire de l’éducation à l’époque, nous avait proposé l’idée. Ainsi, à chaque année, la moitié de nos membres du conseil d’administration était des élèves.

Dans les débuts de Shaker Mountain, un règlement a été passé qui stipulait qu’une assemblée ne pouvait avoir lieu si personne ne se portait volontaire pour être secrétaire. Ce rôle pouvait être joué par n’importe qui, mais quelqu’un devait être responsable de prendre en note ce qui avait été discuté et décidé. Aujourd’hui, relire les procès-verbaux de ces assemblées est très intéressant car chaque secrétaire ajoutait leurs propres commentaires éditoriaux en prenant des notes et faisait des drôles de dessins. Les élèves pouvaient faire cela en autant qu’ils notaient les idées importantes qui avaient été discutées, proposées, acceptées ou rejetées.
Garder les procès-verbaux est nécessaire afin que les membres de la communauté de l’école puissent s’informer des décisions qui ont été prises. Les élèves retournaient souvent aux procès-verbaux pour déterminer, par exemple, si une personne avait déjà obtenu un avertissement ou avertissement ferme. À Shaker Mountain, les avertissements faisaient souvent l’objet de débats très sérieux. Une personne qui se faisait avertir pouvait obtenir un avertissement ferme si elle répétait son geste. Par contre, si une personne ne respectait pas un avertissement ferme, l’assemblée devait lui imposer une conséquence cohérente avec la violation du règlement. Ainsi, il y a eu beaucoup de discussion afin de décider si une personne méritait un avertissement ou un avertissement ferme. Pour ce faire, les élèves consultaient fréquemment les procès-verbaux.

Lors d’assemblées démocratiques, le/a président/e d’assemblée joue un rôle crucial. Cette personne doit savoir comment écouter et doit avoir des réflexes d’athlète pour remplir ses fonctions afin qu’il n’y ait pas de perte de temps entre les individus qui prennent la parole. Le/a président/e doit garder en tête l’ordre dans lequel les gens ont demandé la parole. Il y a plusieurs façons de faire cela; certaines personnes rédigent une liste des interlocuteurs. Toutefois, offrir plus de liberté à la personne qui préside est plus efficace. De cette façon, elle peut donner la parole à une personne qui n’a pas encore parlé au lieu de laisser les mêmes individus se répondre les uns aux autres. Les personnes qui président une assemblée doivent savoir comment garder les échanges fluides et à-propos. Elles doivent également mettre fin aux conversations hors sujet. À notre école, lorsque nous avions jusqu’à 25 points à l’ordre du jour, s’en tenir au sujet était important. Le/a président/e doit pouvoir interrompre quelqu’un immédiatement et dire : « Ok, ce n’est pas le sujet qu’on discute, mais si tu veux, on peut l’ajouter à l’ordre du jour. » Ça s’est souvent déroulé de cette manière.

Puisque nous avions tellement d’assemblées, souvent dans des circonstances changeantes – lors de voyages scolaires, dans les dortoirs,…- nous avons cru nécessaire que tous apprennent comment présider une assemblée. Ainsi, lorsqu’un nouvel élève arrivait, elle ou il se voyait presqu’immédiatement demander de présider une assemblée et recevait des rétroactions et de l’aide pour pouvoir jouer un rôle important lors des assemblées. La majorité des élèves ont appris à un moment ou un autre comment bien diriger une assemblée. Habituellement, les élèves présidaient les assemblées et pouvaient souvent le faire mieux que les membres du personnel.

Nos élèves les plus jeunes faisaient souvent de très bon/nes preésident/es d’assemblées. Elles/ils étaient souvent les plus rapides et les plus équitables, et savaient reconnaître lorsque nous nous écartions hors sujet.

Certaines écoles démocratiques utilisent un ordre du jour décidé à l’avance, d’autres le rédige sur le moment. Je préfère une combinaison des deux façons de procéder, c’est-à-dire, si des gens souhaitent discuter d’un sujet, ils devraient pouvoir l’ajouter à l’ordre du jour à l’avance pour que tout le monde puisse être mis au courant du sujet. D’un autre côté, je n’aime pas l’idée que des personnes doivent attendre trop longtemps pour qu’un des sujets dont elles souhaitent discuter soit soulevé. Certains préfèrent qu’il ne soit possible d’ajouter un point à l’ordre du jour une fois qu’il est établi; je ne suis pas de cet avis. Si vous avez une communauté qui est déterminée à prendre les meilleures décisions à propos de tous les sujets qui sont soulevés, vous serez surpris de la vitesse à laquelle vous serez en mesure de passer à travers l’ordre du jour.

Les très nombreuses écoles qui ont été fondées selon le modèle Sudbury Valley utilisent un système fixe, les très bien établies règles de l’ordre de Robert. À Shaker Mountain, nous ne suivions pas ces règles à la lettre; nous adaptions notre système au jour le jour. Ce choix a été largement influencé par nos interactions et échanges avec l’école Lewis-Wadhams, puis, plus tard, avec des membres de la Confédération iroquoise, plus particulièrement avec les Mohawks.

Travailler à l’école Lewis Wadhams dans les années 60, une école basée sur le modèle de Summerhill en Angleterre, fut un des moments déterminants de ma carrière. Dans les assemblées à Summerhill, par exemple, il est possible d’avoir des contre-propositions de résolutions contre d’autres propositions de résolutions. Très souvent, deux ou trois propositions s’y font concurrence. Dans certain cas, l’assemblée effectue ce qu’elle appelle un «tous contre tous» qui implique que si la majorité de l’assemblée se positionne contre toutes les résolutions, aucune d’entre elles ne passe. Nous faisions également ça à Shaker Mountain. Si deux propositions de résolutions pouvaient légitimement s’opposer, nous pouvions décider à propos des deux d’un même vote. Si ces propositions n’étaient pas reliées directement, nous pouvions avoir plusieurs propositions de résolutions à la fois et se prononcer par vote sur chacune d’entre elles en même temps ou séparément au lieu d’attendre, comme les règles de Robert dictent, que le prochain point de l’ordre du jour soit soulevé.

Personnellement, je crois qu’il est important que les assemblées soient bien structurées et qu’elles suivent le même fonctionnement de manière constante. Peu importe la structure choisie, peu importe comment elle a évolué, les participants aux assemblées doivent être bien familiers avec cette structure. Ces assemblées doivent être prises au sérieux. Chacun devrait demeurer silencieux pour pouvoir entendre la personne qui a la parole. Je trouvais bien utile d’avoir des microphones portables lors d’assemblées avec des groupes très nombreux d’élèves pour que même ceux qui ont de petites voix puissent être entendus. J’ai récemment entendu parler d’une école relativement nombreuse qui utilise ce genre de microphones pour des assemblées démocratiques.

À Summerhill, le/a président/e s’assure qu’une personne parle à la fois en avertissant, mettant à l’amende ou en faisant sortir ceux qui sont dérangeants. Je crois que le contrôle du bruit revient à chaque organisation. À Shaker Mountain, nous n’avons jamais mis personne à l’amende puisque personne n’avait d’argent à l’école. Par contre, les gens recevaient des avertissements et se faisaient demander de sortir de l’assemblée pour un certain temps s’ils étaient dérangeants. Ils pouvaient revenir plus tard s’ils le voulaient.

À Shaker Mountain, nous avons tenté pour une courte période d’avoir une assemblée séparée pour discuter de problèmes d’intimidation et de vols, par exemple. Personne d’entre nous n’a apprécié cette façon de faire. Nous voulions tous que ces problématiques soient abordées dans le cadre d’assemblées régulières. Ainsi, chacune de nos décisions était soit prise de cette manière ou dans le cadre de petits groupes qui devaient formuler des recommandations à l’assemblée pour résoudre certains conflits.

Les assemblées démocratiques de chacune des écoles démocratiques sont responsables du choix de la formule à adopter pour gérer ces problématiques. Certaines communautés ne souhaitent pas passer beaucoup de temps à gérer de petites disputes entre certains individus ou, plutôt, des disputes qu’elles considèrent insignifiantes. D’un autre côté, certaines personnes considèrent important de savoir comment la communauté se sent à propos de ce qui se passe, que ce soit positif ou négatif.

À l’occasion, un enfant peut grandement bénéficier d’assister à une assemblée et d’écouter. Un aspect qui me dérange de certaines grosses écoles démocratiques est que le pourcentage des élèves qui assistent aux assemblées est parfois bas. Ils peuvent dire, « Oui, nous sommes une démocratie et tout le monde à le droit d’aller aux assemblées. » Toutefois, il me semble que, si une école est si grosse que seulement une minorité d’élèves peuvent aller aux assemblées, elle est trop grosse.

Je ne crois pas à une participation obligatoire aux assemblées. À Shaker Mountain, les assemblées n’étaient pas obligatoires. Néanmoins, si un problème survenait à propos duquel quelqu’un croyait bon que tous les membres de l’école eussent besoin de participer à la prise de décisions ou d’être mis au courant de la situation, cette personne pouvait proposer qu’ait lieu une super assemblée. Lorsqu’une proposition du genre était acceptée, tous ceux qui étaient dans l’école devait se présenter à l’assemblée jusqu’à ce qu’un vote détermine que la super assemblée fusse terminée. En général, les super assemblées ne duraient pas si longtemps et étaient souvent à propos de sujets qui avaient trait à la santé ou à la sécurité.

Lors de nos premières années à Shaker Mountain, dans le cadre de notre collaboration avec des Iroquois, nous avons découvert une alternative à l’habituel processus démocratique de la «tyrannie de la majorité». Ces Iroquois nous ont appris l’importance de respecter la minorité. Ainsi, après chaque vote, nous sondions les gens composant la minorité et, s’ils voulaient rajouter quelque chose, ils pouvaient exprimer pourquoi ils avaient voté contre la résolution acceptée. À ce moment-là, tant un membre de la majorité que de la minorité pouvait demander un second vote sur la proposition. Un second vote impliquait un autre échange sur le sujet. Il devenait donc possible de soumettre une nouvelle proposition de résolutions et de laisser tomber la résolution originale ou de choisir entre ces deux propositions. Nous trouvions que cette façon de faire était plus complète et que, lorsque nous prenions une décision, nous étions plus confiant que nous n’aurions pas à revenir sur le sujet. Nous n’avons que très rarement eu à faire cela.

Selon mon expérience, certaines formes de manipulation peuvent se manifester dans les communautés démocratiques qui choisissent comme mode de fonctionnement le consensus au lieu du règne de la majorité. Cette manipulation peut parfois empêcher la minorité d’exprimer ses opinions, bien que le point de vue de la minorité puisse devenir celui de la majorité si tout le monde peut partager ce qu’il pense. Je crois que, dans un contexte idéal, un système basé sur le consensus peut fonctionner, bien que j’aie été témoin d’abus de cette façon de procéder.

D’un autre côté, dans un contexte ou règne la majorité, on n’entend pas toujours l’opinion de la minorité. Certains diront : « Ils ont la chance de s’exprimer lors de la discussion. », mais, des fois, certaines personnes ne fonctionnent juste pas comme ça. Un vote a lieu et, tout d’un coup, on apprend que quelqu’un avait une mauvaise opinion de la résolution, mais ne l’a pas manifesté.
Avec notre système iroquois, ceux qui n’étaient pas heureux avec le résultat d’un vote avait la chance d’exprimer leurs inquiétudes ou pouvaient soulever une autre facette de la situation à laquelle nous n’avions pas pensée. De cette manière, nous trouvions que nous prenions souvent des décisions auxquelles personne n’avait pensées d’entrée de jeu. C’est ce qui fait la force des assemblées. Il s’agit d’un processus interactif plus grand que la somme de ses parties.

Le processus démocratique iroquois utilise les meilleurs aspects des modèles basés sur le consensus ou sur le règne de la majorité. Dans les dernières années à Shaker Mountain, lorsqu’un vote était finalement pris, nous étions à l’aise qu’un résultat de vote soit de 25 à 23. Si personne des 23 ne ressentait le besoin d’expliquer pourquoi elle avait voté comme elle l’avait fait ou si personne ne ressentait le besoin d’avoir un second vote sur le sujet, cela signifiait que les 23 faisaient ce que les Quakers appelaient «standing aside » (demeurer sur les côtés). Dans un tel cas, les 23 pouvaient vivre avec la décision de la majorité et ne ressentaient pas le besoin de continuer la discussion. Cela pouvait également vouloir dire que les gens de la minorité n’avaient pas à prétendre d’être en accord avec tout le monde. Ils pouvaient même éventuellement dire : « Je vous l’avais dit. », si la décision prise par la majorité n’avait pas fonctionné.

Notre processus iroquois prenait effectivement plus de temps que le déroulement d’une assemblée démocratique conventionnelle. En effet, je suis toujours surpris lorsque j’assiste à une assemblée à Summerhill et que je vois à quelle vitesse ils prennent leur décision. Une chose qu’ils me disent est que, s’ils prennent une décision qui n’est pas la meilleure, ils peuvent en rediscuter à l’assemblée suivante et renverser cette décision, ce qui se produit à l’occasion. Ce n’est pas si différent du processus de Shaker Mountain. Par contre, je considère que notre façon de procéder était très complète. Nous avons passé beaucoup de temps en assemblée et je considère que participer à ces assemblées était le plus important processus d’apprentissage qui avait lieu à notre école. Toutes sortes de situations concrètes et réelles ont été discutées lors d’assemblées en autre chose. Les élèves ont ainsi eu à développer un riche vocabulaire pour comprendre ce que tout le monde disait, à développer des stratégies de résolutions de problèmes et à imaginer, par exemple, les conséquences possibles de certaines décisions et de certains gestes.

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